Miguel McKelvey (WeWork) « Nous ouvrons entre 10 et 15 espaces de coworking par mois dans le monde »

Miguel McKelvey (WeWork)
« Nous ouvrons entre 10 et 15 espaces de coworking par mois dans le monde »

Le JDN a rencontré le cofondateur et CEO de la licorne du coworking WeWork valorisée 20 milliards de dollars. Il dévoile son business model et sa stratégie de croissance.

Miguel McKelvey est cofondateur et CEO de WeWork © WeWork

JDN. Quel est le concept de WeWork ?

Miguel McKelvey. Nous mettons à disposition des espaces de travail pour les entreprises, les entrepreneurs et autres travailleurs en freelance. Notre conviction est que vous êtes plus fort lorsque vous faites partie d’une communauté que lorsque vous restez isolé. Nos espaces de coworking permettent à ces communautés de se retrouver et de s’entraider. WeWork dénombre plus de 150 espaces de coworking pour près de 120 000 membres. Fondée en 2010, l’entreprise emploie 2 000 personnes à travers le monde.

Vous avez annoncé l’ouverture d’un troisième espace WeWork à Paris au 40 rue du Colisée dans le VIIIème  arrondissement. Un mot sur vos prochaines ouvertures ?

Nous ouvrons entre 10 à 15 espaces de coworking par mois dans le monde. Nous comptons ainsi doubler de taille cette année. Nous aurons également bientôt 19 espaces à Londres. Après deux ans de présence dans la capitale, 14 ont déjà été ouverts et 5 autres sont en préparation.

Quel est le profil de vos clients ?

« Un entrepreneur n’a qu’une seule facture regroupant l’ensemble des prestations »

Depuis nos débuts, notre clientèle est très diverse : start-up du numérique, prestataires de service, architectes… Les jeunes pousses du Web ne représentent que 20% de nos membres. Nous ciblons également les très grandes entreprises qui représentent aujourd’hui notre segment de clientèle avec la plus forte croissance. Celles-ci souhaitent faire bénéficier de l’offre WeWork à leurs collaborateurs, à l’image d’HSBC à Hong Kong qui a par exemple installé 600 de ses collaborateurs dans l’un de nos espaces. 

Quelle est la valeur ajoutée d’un espace de travail WeWork en comparaison d’un bureau standard ?

Nous créons un environnement de travail positif et inspirant. Nos membres adorent venir dans nos espaces car ils y font le plein d’énergie. Cela leur permet également de rencontrer d’autres membres de la communauté et d’y trouver du soutien. Il n’est pas rare que nos membres apprennent des choses, parfois très utiles, à travers des conversations. Cet aspect communautaire permet aussi de créer de réelles opportunités business. Par exemple, il est fréquent de voir certains de nos membres trouver de nouveaux clients au sein de la communauté. Nous encourageons d’ailleurs ces échanges grâce à notre application qui permet à nos membres de se rencontrer en utilisant notamment des filtres géographiques. 

Vous permettez à vos abonnés d’accéder aux services d’un avocat ou d’un comptable. Quel est l’objectif ?

Nous voulons faciliter la vie de nos membres de manière à ce qu’ils puissent se concentrer uniquement sur leur travail ! Il s’agit pour nous de simplifier la relation entre nos membres et ces différents prestataires. De cette manière, un entrepreneur n’a qu’une seule facture regroupant l’ensemble des prestations. Mais WeWork n’a pas vocation à proposer ces services directement, nous nous contentons de mettre nos membres en contact avec des professionnels.

Quel est votre business model ? L’entreprise est-elle rentable ?

« Nous avons 2 000 membres à Paris »

Nos abonnements permettent, en fonction de l’offre choisie, de disposer d’un simple espace de travail ou d’un bureau privé. Vous pouvez également réserver un espace de travail ou une salle de réunion à la journée. Nous ne communiquons pas de chiffres sur nos revenus mais je peux vous dire que les fondamentaux de notre business sont très solides. Notre modèle fonctionne très bien, et c’est d’ailleurs pour cette raison que nous avons été, à chaque fois, capables de convaincre les investisseurs de nous faire confiance. Nous sommes actuellement dans une phase de croissance et nous investissons beaucoup dans notre futur.

Serait-il envisageable de voir WeWork gérer un jour des bureaux d’entreprise ?

Je pense que cela pourra être un marché intéressant pour nous. Beaucoup d’entreprises viennent nous voir pour nous demander de gérer leurs espaces de travail. Nous y pensons mais nous n’avons pour le moment pas encore franchi le pas. Pour autant, nous ne voulons pas simplement être un architecte d’intérieur en concevant des bureaux car cela n’est pas notre métier. Notre objectif serait plutôt de gérer un espace de travail pour le compte d’entreprises sur du long terme.

Selon vous pourquoi des entreprises choisissent de mettre leurs collaborateurs dans des espaces WeWork ?

« Nous voulons ouvrir des espaces de travail dans toutes les villes du monde »

Pour plusieurs raisons. D’abord, des « community managers » sont présents dans chacun de nos espaces. Leur rôle est d’essayer d’anticiper les besoins de nos membres. A Paris nous en avons par exemple 7 pour plus de 2 000 membres. Ce n’est pas un poste que l’on trouve en général dans les entreprises. Pourtant, le simple fait d’avoir quelqu’un qui vous salue le matin avec un sourire peut agrémenter votre journée de travail. De même que quelqu’un qui va chercher des glaces pour toute l’équipe lors d’une journée chaude peut avoir un impact positif sur tout le monde !

Cette personne est ainsi entièrement dédiée à l’expérience des employés, ce qui est difficile à faire pour un manager. Si certains le font, beaucoup ne pensent pas assez à l’humeur et l’engagement de leurs équipes. C’est là où WeWork crée de la valeur : pas simplement en mettant à disposition des espaces de travail, mais en organisant des évènements et en favorisant les rencontres.

Vous avez également lancé WeLive en 2016, une offre de coliving. Quelle en est la promesse ?

En réalité, les concepts de WeWork et de WeLive ont vu le jour en même temps. Celui de WeWork a juste décollé plus rapidement et nous nous sommes donc concentrés sur son développement. Il existe pour le moment seulement deux espaces WeLive aux Etats-Unis, mais nous travaillons actuellement sur d’autres projets.

Le « We » de WeLive ici important car derrière ce concept du coliving il y a cette promesse d’être davantage ouverts aux autres. Si vous choisissez d’habiter dans l’un de ces logements c’est parce que vous voulez être connectés aux gens qui se trouvent autour de vous. Notre structure et notre plateforme encouragent d’ailleurs ces rencontres, que ce soit par le biais de séances de fitness collectives, de cours de cuisine ou d’autres événements.

Ceux qui souscrivent à l’offre WeLive sont-ils déjà des abonnés WeWork ? Quelle est votre vision à plus long terme ?

« Que l’entreprise soit valorisée 5 ou 50 milliards ne change rien à la manière dont nous la gérons »

Nos deux établissements WeLive comportent effectivement un espace de coworking. Certains abonnés WeWork sont donc également membres de WeLive. Cependant, même si nous laissons libre chacun de faire ce qu’il veut, notre objectif n’est pas que vous ne sortiez jamais de l’immeuble. La force du concept est que vous pouvez voyager et loger partout dans le monde grâce à votre seul abonnement WeLive.

A l’instar de WeWork, nous voulons en effet ouvrir des espaces WeLive dans toutes les grandes villes du monde. Avec votre abonnement, vous aurez systématiquement un logement à la demande pour séjourner lors de vos voyages et rencontrer des membres de la communauté. Nous voulons offrir cette flexibilité. Avec WeLive vous n’avez plus besoin de vous occuper de l’équipement d’un logement ni même des factures d’électricité, d’eau et Internet : nos membres sont libres de toutes ces contraintes.

WeWork est valorisée près de 20 milliards de dollars depuis un investissement de 4,4 milliards de dollars réalisé par Softbank en août 2017Cette valorisation change-t-elle quelque chose dans la manière dont vous dirigez votre entreprise ?

Que l’entreprise soit valorisée 5 ou 50 milliards ne change rien à la manière dont nous la gérons. Pour autant, nous avons gagné en maturité et nous apprenons à mieux faire certaines choses. D’un point de vue organisationnel par exemple, nous sommes bien mieux en place aujourd’hui. Nous recrutons des gens très talentueux et expérimentés qui viennent de grandes entreprises pour des postes qui n’existaient pas chez nous par le passé.

Quelle est la suite pour WeWork ?

Nous avons plusieurs ouvertures prévues en Chine, en Amérique latine mais aussi en Europe. Nous attaquons tous ces marchés simultanément. Je pense que d’ici un an, on nous regardera sûrement différemment car l’entreprise aura une empreinte vraiment globale. Nous voulons prouver au monde que nous avons la capacité à la fois d’exécuter notre vision tout en rassemblant une communauté. Nous voulons accompagner le changement d’une manière positive. J’aime penser que dans 5 ans nous pourrons regarder en arrière et voir, pas uniquement notre propre succès, mais aussi le changement que notre modèle aura provoqué dans d’autres entreprises.

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