Comment le Maroc s’est rendu indispensable pour les Européens en matière d’antiterrorisme

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Dans une enquête effectuée au Maroc après les attentas qui ont ensanglanté Paris le 13 novembre dernier, l’agence Reuters révèle que la cousine du responsable du massacre, Hasna Aït Boulahcen, avait séjourné au Maroc deux mois avant, en août et septembre 2015. S’en est suivie une longue traque ayant permis aux Français, se fondant sur les renseignements marocains, de localiser la jeune femme qui les a menés vers Abderrahim Abaoud.

Le Maroc a su tirer le fil d’Ariane, alias Hasna Aït Boulahcen…

L’ancienne noceuse qui s’était transformée ensuite en militante islamiste avait donc fait « ses derniers adieux à sa famille avant de faire ses valises et de partir vers Paris », indique l’agence. Des conversations menées avec les proches et les parents de la jeune Marocaine ont montré non seulement la mutation progressive de cette dernière, mais aussi et surtout le rôle des services marocains dans l’enquête de leurs homologues français.

Le Maroc détenait depuis octobre 2015 Yassine Abaoud, le frère d’Abderrahim, le suspect n°1 tué lors de l’assaut à Saint-Denis. Le père Abaoud n’explique cependant pas pourquoi son autre fils avait été arrêté par la police marocaine. Et c’est toujours le Maroc qui avait émis un mandat d’arrêt contre Salah Abdeslam, toujours recherché depuis le 13 novembre.

C’est pour ces raisons que quelques jours après les attentats et la mort des terroristes présumés à Saint-Denis, le président François Hollande avait reçu le roi Mohammed VI, explique Reuters, pour le remercier de l’efficacité de l’aide des services marocains, procurée aux enquêteurs français. Cette rencontre à l’Elysée a précédé l’appel passé par le roi belge Philippe au souverain marocain pour solliciter son assistance.

Les proches de Hasna Aït Boulahcen, qui avait troqué ses vêtements modernes pour la burqa, expliquent à Reuters qu’en août, à son arrivée au Maroc, la jeune femme avait été arrêtée à l’aéroport au Maroc. Mais elle avait été autorisée à entrer dans le pays quand son père et sa famille avaient donné leur adresse aux autorités marocaines. La surveillance de tout ce monde avait alors commencé… et les Marocains avaient alors avisé leurs homologues français de l’imminence d’attaques sur leur sol.

L’oncle de Hasna affirme qu’ils avaient dans le passé « des problèmes avec elle quand elle était venue la première fois, parce qu’elle fumait et buvait, et dans notre ville, il est honteux pour une femme d’agir comme ça. Elle était si heureuse quand elle nous a dit qu’elle avait changé et était devenue une bonne musulmane », ajoute ledit oncle, qui affirme qu’ « elle a dit qu’elle voulait revenir et d’obtenir des papiers d’identité et un passeport marocains », mais sans préciser pour quelle raison elle souhaitait cela.

Par la suite, surveillée à son insu, Hasna Aït Boulahcen avait conduit la police française à Abaoud, sur indications des Marocains, les Français pensant que ce dernier avait quitté le pays. Les enquêteurs les avaient vu se rencontrer puis avaient suivi le duo jusqu’à ce fameux appartement de Saint-Denis où ils devaient périr sous un déluge de feu du RAID (service d’intervention de la police française).

Pourquoi, quand et comment la coopération policière entre les Européens et le Maroc avait-elle commencé ?

Depuis le début des années 60, au début de la première vague d’émigration sur le Vieux Continent… Les services européens ne pouvaient pas connaître cette nouvelle communauté installée sur leurs territoires car ses membres parlaient entre eux en arabe et en amazigh, et avaient leurs propres coutumes ; les Marocains avaient aidé leurs homologues dans les pays d’Europe, mais avaient accentué leur surveillance, bien plus tard, depuis l’attentat de l’Argana à Marrakech en 2011.

« Le Maroc a fait montre d’une grande réactivité à transmettre des informations cruciales qui ont empêché des attaques terroristes, ce qui a été grandement apprécié par les pays d’accueil, de la France à l’Espagne, en plus des Etats-Unis », explique chercheur marocain Mostafa Rezrazi, auteur d’un livre sur la coopération sécuritaire entre le Maroc et l’Europe.

La maîtrise des services marocains en matière de terrorisme remonte à fort longtemps, du temps de la guerre russe en Afghanistan, quand des centaines de Marocains s’étaient transportés dans le pays des Taliban pour y guerroyer contre les Soviétiques. Plus tard, des années après, à l’apparition d’al-Qaïda, des islamistes radicaux marocains avaient été liés aux attentats du 11 septembre aux États-Unis et étaient impliqués dans d’autres attaques telles que les attentats-suicides qui ont tué 33 personnes et 12 terroristes à Casablanca en 2003, puis à Madrid où 191 personnes avaient été tuées en 2004.

Aujourd’hui, les services marocains recensent 2.000 activistes partis en Mésopotamie rejoindre l’organisation terroriste dite « Etat islamique ». 200 ont été arrêtés à leur retour chez eux au Maroc.

Reuters explique aussi que « le renseignement intérieur marocain, la DGST (Direction générale de la surveillance du territoire) a été accusé par des organisations marocaines et internationales des droits humains de torturer des suspects, y compris au nom de la Central Intelligence Agency des États-Unis lors de la «guerre contre le terrorisme» du président George W. Bush ». Mais cela est de l’histoire ancienne, jamais prouvée et les services européens et américains ont su apprécier l’efficacité des services marocains, dans l’analyse des données, la recherche des suspects et la traque des terroristes.

Espionnage et contre-espionnage entre Maroc et Belgique

A ce propos, poursuit Reuters, une source sécuritaire marocaine confirme que la DGED (Direction générale des études et documentation, Maroc) a bien mené des opérations en Belgique, mais n’a pas commenté le chiffre de 150 experts marocains se trouvant sur le sol belge. Cela se comprend puisqu’en 2008, la coopération sécuritaire entre Rabat et Bruxelles avait été brutalement rompue quand les Belges avaient appris que trois Marocains agissaient sur leur sol sans les en informer. Le Maroc avait retiré ses agents et les choses allaient en rester là, sauf que…

Avec 600.000 Marocains résidant en Belgique, les deux pays ne pouvaient rester sans contact, affirme selon Reuters Alain Winants, l’ancien chef du renseignement belge et actuel avocat général de Belgique. « Je suis allé très rapidement pour voir mes homologues au Maroc et nous avons commencé à nouveau, sur une nouvelle base », explique le responsable bruxellois.

Relations tendues avec la France, mais reprise après les attentats de janvier à Paris

Les contacts entre services marocains et français fonctionnaient très bien, jusqu’au jour où les Français avaient voulu interroger Abdellatif Hammouchi sur des accusations de torture. Un froid s’était alors installé entre les deux pays en dépit, précise Reuters, « des inquiétudes à Paris face aux Marocains et Français d’origine marocaine qui se dirigeaient vers la Syrie pour s’y former comme djihadistes » ; mais, on le sait, après les attentats meurtriers de janvier 2015 dans la capitale française, les relations ont très vite repris…

@Panorapost

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